Les différentes conséquences de l'ubérisation sur la société actuelle


I- Les conséquences économiques

          L'ubérisation représente avant tout un bouleversement du système économique traditionnel, elle propose une nouvelle forme d'organisation du travail, un nouveau statut des travailleurs, une modification des liens de subordination et l'utilisation d'outils numériques.

          Les entreprises traditionnelles rencontrent donc des difficultés à lutter contre les start-ups innovantes, elles sont souvent incapables de conserver leur clientèle face aux services plus performants et moins onéreux proposés par ces jeunes entreprises à l'essor fulgurant.
          Certaines entreprises, ancrées dans l'économie depuis plusieurs décennies voire plusieurs siècles, stimulées par les innovations liées à la Troisième Révolution Industrielles et soucieuses de leur compétitivité face à de start-up toujours plus innovantes, vont donc se moderniser et se numériser, certaines investissent même dans des start-up liées à leur secteur d'activité en devenant actionnaires afin de transformer leurs concurrents en "alliés". C'est le cas par exemple de la poste qui est désormais actionnaire à hauteur de 20% dans une start up spécialisée dans la livraison: Stuart. Dans cette entreprise, il n'y a pas de salariés, les prestataires sont des travailleurs indépendants. Ce qui signifie qu'aujourd'hui le personnel de La Poste mélange des fonctionnaires, des salariés et désormais des travailleurs indépendants. Ce signe peut être perçu comme le début d'une ubérisation des entreprises traditionnelles, le statut de ses travailleurs a évolué, l'organisation de l'entreprise a changé et cela diversifie également les services qu'elle propose à sa clientèle.
          Ainsi, des entreprises traditionnelles adoptent une stratégie de concentration horizontale innovatrice en restant dans le meme secteur de production mais en élargissant les services qu'ils proposent grace au rachat en partie ou dans leur intégralité de Start-ups. Cela leur permet de rattraper leur retard technologique grâce à des start-ups innovantes.
         

          L'ubérisation profite également à certaines classes socioprofessionnelles de l'économie "traditionnelle". En effet, l'émergence de certaines start-ups (comme Helloartisan) permet de mettre en avant les artisans, de valoriser leurs services et de les mettre en contact avec des clients potentiels en les répertoriant sur une même plateforme. Les prestataires sont évalués directement par leurs clients sur des critères de qualité, de ponctualité et de satisfaction. En comparant ainsi différents artisans, ces start-ups permettent aux clients de trouver des prestataires performants et elles apportent aux artisans une certaine notoriété.

         Les plate-formes numériques proposent donc un réel avantage: celui de mettre directement en relation offre et demande, pour cela une évaluation croisée du service est mise en place de façon à proposer un service de qualité maximale : le client évalue le service reçu et le prestataire évalue le client.

             De nombreuses startups sont accusées d'entrainer la chute de grosses entreprises en leur volant leur clientèle or, ce n'est pas toujours le cas. En effet, de nombreuses startups développent leur propre marché, c'est notamment le cas de Uber et de Heetch qui, en réalité, s'adressent à des personnes n'ayant généralement pas les moyens de se payer un taxi, notamment les jeunes. Avant l'arrivée de ce service, cette clientèle utilisait d'avantage les transports en commun ou le covoiturage. Les plateformes numériques ne cherchent donc pas à remplacer des services existants mais bel et bien à en créer de nouveaux. Il en va de même pour Airbnb qui concurrence avant tout les chambres d'hôtes (libres de se répertorier sur le site) plus que les hôtels. 

          Dernière conséquence économique qui n'est pas des moindre : la collecte de datas occasionnée par l'échange continuel en ligne a permit pour la première fois de l'Histoire de l'économie d'établir précisément la courbe de la demande et donc d'adapter parfaitement le prix de manière à ce qu'il soit le plus attractif et le plus élevé possible. Les données personnelles que les sites et application récoltent sur leurs utilisateurs prennent une importance et un poids de plus en plus important dans l'économie. En effet cette collecte de donnée et son analyse permettent d'établir le profil de clients potentiels et donc de créer une offre qui puisse correspondre parfaitement à cette demande potentielle. Cependant ces données ne présentent aucun intérêt nues, ainsi Mathieu Soulé (analyste stratégie à l'Atelier BNP Paribas) rappelle : "Historiquement, les données personnelles ont été utilisées pour gérer la relation client. Mais pour qu'elles soient intéressantes, il faut pouvoir les croiser, les recouper." De même Olivier Lallement (Senior Manager Consulting Digital chez Deloitte) : "il faut manipuler la donnée pour qu'elle ait de la valeur. Il faut analyser et compiler des millions de comportements pour arriver à faire émerger des types de consommation, des tendances sociales et proposer de nouveaux services." Ainsi ces données prennent une vraie valeur financière. Aussi aux États-Unis une adresse vaut 50 cents, une date de naissance 2 dollars, un numéro de sécurité sociale 8 dollars, un livret militaire 35 dollars. La rémunération de ces données est le plus souvent implicite. Le consommateur accède à un service gratuit (comme Google) et fournit en échange des données personnelles. Le site se finance en monétisant les données récupérées qui sont ensuite acheté pour être analysé par une autre société voulant les exploiter sous la forme de statistiques.

II- Les conséquences sociales

L'ubérisation est à l'origine de transformations importantes sur le marché du travail, elle permet tout d'abord à des personnes exclues de la société du fait de l'absence de diplômes, de renouer avec une activité professionnelle. Ils obtiennent un statut d'auto-entrepreneur (aujourd'hui appelé micro-entrepreneur), qui ne leur garantit pas un revenu stable ni une réelle protection sociale mais qui leur permet d'intégrer ou de ré-intégrer la vie active. Ainsi, certains pensent que ce phénomène va entraîner une création massive d'emplois non qualifiés et par conséquent une baisse du chômage.

          Cependant ce point de vue n'est pas partagé par tous, cette hausse de l'auto-entreprenariat est en effet compensée par une baisse du salariat. De plus, les start-ups sont des concurrents (légitimes ou pas) des grosses entreprises de l'économie dite "traditionnelle". La baisse de compétitivité de ces entreprises face à l'essor du numérique pourrait entrainer leur faillite et la destruction de nombreux emplois, ainsi, Bruno Teboul affirme dans le figaro qu'il "y aura des destructions massives d'emplois. D'ici 2025, 3,5 millions d'emplois seront détruits en France à cause de la numérisation de l'économie".

          Les emplois créés par l'économie digitale ont un statut ambigu, en effet, les prestataires des plateformes numériques ne sont pas salariés mais auto-entrepreneurs bien que leur liberté d'exercer soit la plupart du temps assez limitée. Le statut d'auto-entrepreneur auquel les chauffeurs Uber sont obligés d'adhérer leur procure une couverture sociale, un accès à la sécurité sociale et leur permet de cotiser pour leurs allocations retraites, cependant, cela ne leur garantit aucunement la sécurité de l'emploi et ne leur donne pas accès aux allocations chômages. Ainsi, certains hommes politiques comme Emmanuel Macron se prononcent en faveur d'un rapprochement du RSI avec le régime social général et la mise en place des allocations chômages pour tous.

III- Les conséquences juridiques

          L'auto-entreprenariat est une des clés du bon fonctionnement de l'économie collaborative, en effet, cela permet aux start-ups d'éviter de payer des charges salariales et de respecter toutes les régulations concernant le salariat, mais le statut d'indépendant des prestataires de plateformes telles que Uber ou Deliveroo a lancé un débat sur le "salariat déguisé", il est donc nécessaire de clarifier la limite légale entre les statuts des salariés et celui des auto-entrepreneurs.
          L'auto-entreprenariat, accorde théoriquement plus de liberté et d'indépendance au travailleur mais cela lui restreint l'accès aux aides sociales et ne lui garantit pas un revenu fixe. Dans la réalité, les liens de subordination entre les travailleurs et les start-ups sont, la plupart du temps assez forts. Les indépendants ne sont donc pas si libres de leurs conditions de travail que ce que leur statut pourrait le laisser supposer, bien que cela soit règlementé par la loi à travers sept critères. Un auto-entrepreneur doit ainsi avoir une indépendance opérationnelle, matérielle, géographique, horaire et économique, il doit percevoir un revenu variant en fonction des missions réalisées et un contrat de prestation de service doit être établi entre les parties. Si plus de 3 de ces 7 critères ne sont pas respectés, un auto entrepreneur peut être requalifié en salarié, c'est notamment ce qu'il s'est passé au Royaume-Uni.
          En effet, le syndicat britannique GMB a porté plainte contre Uber afin d'obtenir la classification des chauffeurs Uber en tant que salariés plutôt qu'indépendants. Le tribunal du travail britannique a finalement condamné l'entreprise américaine à requalifier le chauffeur concerné en salarié. Ce verdict du tribunal pourrait donc constituer une jurisprudence pour tous les autres chauffeurs britanniques et donc obliger la start-up américaine à payer à ses salariés le salaire minimum, le droit à des pauses régulières et des congés payés; bien qu'Uber ait fait appel de la décision.
           Ce procès n'est qu'un exemple parmi d'autres, en effet, de nombreuses actions en justice sont menées contre Uber à travers le monde, aux Etats-Unis (en Californie, dans le Massachusetts et dans l'Illinois) mais aussi en France où l'Urssaf mène une action en justice contre Uber afin de lutter contre la précarisation de l'emploi.    

          Les nombreuses start-ups dans le domaine des transports qui ont émergé ces dernières années sont également confrontées au problème de la concurrence déloyale. En effet, les chauffeurs de taxi qui ont du payer une licence les autorisant à exercer leur métier digèrent mal de voir de nombreux concurrents non-diplômés apparaitre sur le marché. Ainsi, en 2016, Uber a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à payer 400 000€ d'amende et à suspendre son service uberpop. C'est également le cas de Heetch, une start-up française basée sur le transport entre particuliers qui comparait en justice, accusée à nouveau par les taxis de concurrence déloyale.

          Enfin, l'ubérisation de l'emploi soulève une autre question: Comment imposer ces activités ? La proposition des sénateurs de fixer un seuil de 5 000 euros par an au-delà duquel les particuliers devraient déclarer leurs revenus complémentaires n'a certes pas été retenue. Mais une autre idée a germé. Elle consiste à responsabiliser les plates-formes en les contraignant à informer leurs utilisateurs de leurs obligations fiscales et sociales, via des mails récapitulatifs des revenus qu'ils ont générés. Un processus qu'elles devront faire certifier par un tiers. On retient donc aujourd'hui deux solutions : l'Etat pourrait prélever un impôt sur l'entreprise qui prélèverait elle-même une taxe « impôt » sur ses utilisateurs, autrement chaque usager pourrait être imposé individuellement. 

© 2016 TPE Ubérisation. 
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