Deux systèmes économiques différents
Lorsque l'on parle de l'économie traditionnelle : à savoir produire, distribuer et consommer ; cela découle indubitablement de 3 types d'économie qui sont l'économie de marché, l'économie mixte et également l'économie planifiée. Cependant, la dislocation de l'URSS en 1991 a entraîné également l'effondrement de l'économie planifiée qui permettait à l'État d'organiser toutes les activités économiques et ainsi d'étatiser les entreprises. C'est pourquoi ce système économique a laissé place à un autre : l'économie de marché. C'est un système d'organisation économique dans lequel les mécanismes naturels tendent à assurer seuls, à l' exclusion de toute intervention des monopoles ou de l'État. En d'autres termes, le marché fait la loi et la liberté individuelle est la norme. En effet, les consommateurs sont libres dans leurs choix (décident librement de leurs revenus) et d'autre part on prône la liberté d'entreprendre de sorte que la propriété privée, les capitaux et donc les investissements soient principalement privés. En outre, comme nous l'avons dit précédemment le « marché fait la loi » dans la mesure où les entreprises sont mises en concurrence afin de stimuler l'économie. Cette concurrence entraîne une production efficace, à moindre coût tout en proposant des prix compétitifs et donc bénéfique pour les consommateurs.

Par ailleurs, la France est singulière par sa mise en place d'une économie mixte, dans laquelle coexistent de nombreuses entreprises privées et un secteur public puissant ; autrement dit, c'est un mélange des idées de l'économie de marché et de l'économie planifiée. La base de ce système est l'économie de marché, mais les dérives sont limitées grâce à l'État qui va redistribuer les richesses par l'impôt et les taxes afin de limiter les inégalités. De plus, la forte place du service public permet également d'assurer les libertés et aider au niveau économique et social les citoyens de manière à lutter contre les dérives de l'économie de marché. D'autre part l'État garantit les libertés fondamentales comme la liberté d'entreprendre et la concurrence. En outre, l'État joue un rôle prépondérant au niveau de la lutte des crises économiques et monétaires. Par exemple, il peut intervenir en aidant les banques ou en mettant en place des plans de relance comme en 2009 durant la crise des subprimes ; sans l'intervention de l'État, la situation économique aurait été bien plus dramatique. On peut donc dire qu'une économie mixte ne peut marcher sans l'aide de L'État et que ce système doit son fonctionnement à la complémentarité simultanée de l'économie de marché et de l'État.
Ainsi, comme le dit l'économiste Sloman «l'idée que l'intervention de L'Etat puisse servir à corriger les diverses défaillances du marché est un concept fondamental de la théorie économique. On notera cependant que les États ne sont pas parfaits et que leurs réactions, peuvent engendrer des conséquences aussi bien néfastes que bénéfiques ». Toutefois, l'arrivé du phénomène Uber avec comme support le numérique et auto-entrepreneuriat dans l'économie marque un tournant aussi bien en France que dans le monde entier : on pourrait ainsi voir apparaître une coexistence, ou bien un nouveau système économique lié à l'ubérisation .

L'économie traditionnelle se caractérise surtout par les entreprises traditionnelles ayant un fonctionnement établi depuis plusieurs siècles, bien que leur fonctionnement ait beaucoup évolué au cours du XX ème siècle. L'organisation d'une entreprise dite traditionnelle repose donc notamment sur le salariat, il confère aux employés une situation plus ou moins stable en fonction de leur contrat. Cependant le statut de salarié est un statut reconnu et défendu comme un modèle garantissant aux employés une protection sociale, des congés payés, un salaire minimum et un temps de travail réglementé. Ces conditions de travail décentes sont donc remises en question par l'ubérisation de l'économie qui prône une nouvelle forme de subordination entre les dirigeants d'une start-up et les travailleurs ayant un statut d'auto-entrepreneur.
De l'économie traditionelle à un tournant
L'uberisation engendre l'apparition d'une nouvelle société avec le numérique comme principal support du monde du travail. De plus, cette société favorise la souplesse du travail notamment en travaillant à notre guise, quand nous voulons, cela entraine la diminution considérable des bureaux, véritable symbole du salariat. C'est un nouveau système économique où tout le monde travaille à la demande. Cette demande est menée par les nouvelles applications remplaçant ainsi le patron traditionnel d'un bureau dont les principaux acteurs sont les auto-entrepreneurs.

En outre, le développement de ce statut permet pour de nombreuses personnes de se réinsérer et reconstruire un projet de vie. Cela peut s'expliquer par le faible coût de transaction dans la mesure où la recherche d'un prestataire pour le client est très rapide, comme le souligne Emmanuel Macron, l'ancien ministre de l'économie sous la présidence de François Hollande ; « des gens souvent victimes de l'exclusion choisissent l'entrepreneuriat individuel parce que pour beaucoup de jeunes aujourd'hui, c'est plus facile de trouver un client que de trouver un employeur. » D'autres, recherchent dans ce statut l'absence de contraintes, idée pourtant largement contesté notamment par les chauffeurs Uber, Frédéric Soulard qui dénonce par exemple les fortes commissions d'Uber qui s'élèvent à 25% la course, il déclare « sur une course de 7euros 50 où Uber ne paye pas la TVA, ne paye pas les charges, ne paye pas le gasoil, ni l'entretien de la voiture : ça nous fait 87 centimes la course. »
Par ailleurs, l'auto-entrepreneuriat, principal statut de l'uberisation attire par sa simplification de la gestion administrative en remplaçant toutes les cotisations sociales, tous les impôts et taxes par un versement unique proportionnel au chiffre d'affaires.
Ce nouveau phénomène a entraîné la naissance d'un débat animé au sein du monde politique et entre les français en général. Pour certains, il représente le pas en arrière le « retour du travail à la tâche, sans protection ni garanties pour le travailleur »(CGT de Nantes) pour d'autres c'est la clef qui pourrait résoudre la crise et le chômage et donc relancer la croissance. Mais si l'uberisation captive autant de français, c'est surtout par son bouleversement, par la création d'un nouveau monde, d'une nouvelle société aux conséquences multiples...